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  Abou Bakr Mohamed Ibn Zakariya Ar Razi

   

   Il est avec Avicenne (Ibn Sina) le plus grand parmi les nombreux génies de la médecine et de la science arabo-musulmanes. Né vers 855 ap.jc à Rey, près de Téhéran, Abou Bakr Mohamed Ibn Zakariya Ar Razi (Rhazès pour l'Occident lati ), a su compléter les études livresques par l'observation des malades. Son oeuvre est dominée par ces tensions fécondes entre savoir reçu, réflexion personnelle et expérience acquise. Il garantit un cadre théorique qui permet de comprendre les phénomènes et leurs causes, mais il n'exclut ni examen critique, ni confrontation avec la pratique.

    Il écrivit de précieux ouvrages sur la peste, la variole, la rougeole, la goutte et les rhumatismes. A qui nous devons la découverte des deux fièvres épidémiques majeures ? 

    En effet nous devons à ce célèbre médecin le diagnostic de la variole et de la rougeole. L'observation de la réaction de la pupille à la lumière. Les conclusions d'un homme comme ibn AI­Haytham, qui définit la vue comme un processus lié à la réfraction, sont fondamentales. Il y a un an à peine, dans un hôpital de Bagdad, souviens-toi, ce fut au cours de l'une d'elles que des médecins sont parvenus à extraire le cristallin lors d'une opération de la cataracte, ce qui représente un immense progrès par rapport à l'ancien procédé qui consistait à enfoncer simplement le cristallin opacifié dans l'humeur aqueuse.

    Ses travaux traduit en latin par Farraguet (Farej Ibn Salem, juif originaire d'Agrigente) en 1279, son livre sur la variole et la rougeole écrit au début du Xe siècle connaîtra plus de quarante et une (41) éditions entre 1498 et 1866. Le célèbre livre de la variole et de la rougeole traduit et largement répandu au XVIlle et XIXe siècles. C'est un chef d'œuvre, ce n'est ni Galien ni Hippocrate qui l'a écrit, ils n'en connaissaient même pas l'existence.

    Grand chimiste, il découvre des corps importants tel que les alcools, et invente la distillation, procédé fondamental dans le domaine de la chimie. Bien des ombres pourtant entourent sa vie et son oeuvre. Il reçoit dans sa ville natale une formation axée sur la philosophie, les mathématiques, l'astronomie, l'alchimie, Dans les dernières années du IXe siècle, il quitte Rey attiré comme tant d'autres esprits de son temps par la brillante cour de Bagdad.
    L'Irak est alors dominé par les Emirs Buyides, favorisant la vie intellectuelle et scientifique. On ne connaît pas exactement la date de sa mort mais on sait qu'il a quitté ce monde à Rey vers 930 ap.jc.

Ar Razi et la Médecine

    Selon une ancienne tradition, la visite de l'hôpital de Bagdad convaincu Ar Razi de l'efficacité de la médecine. Le pharmacologue de l'établissement lui aurait décrit les vertus bénéfiques du médicament appelé Hayy al 'alam le "sempervivum". Quoi qu'il en soit, comme Ar Razi va désormais déployer une intense activité comme médecin attaché à la cour et directeur de l'hôpital. Mais les pistes se brouillent pour qui tente de le suivre dans ses déplacements entre Bagdad et Rey, de préciser ses souvenirs. L'anecdote a toujours retenu l'attention de ses flatteurs chargés par l'Emir Abd Ad Dawla de reconstruire l'hôpital de Bagdad. Il aurait accroché des quartiers de viande en différents endroits de la ville, là où la décomposition était la plus lente. l'air était plus sain et le lieu de la fondation ainsi désigné.

    Le Kitab at tib al Mansouri "le livre de médecine d'Al Mansour" comme l'indique son titre il fut dédié par Ar Razi à Abou Mansour ibn Is' haq gouverneur de Rey, est le plus élaboré de ses ouvrages de synthèse. Fruit d'un savoir accumulé et de l'observation quotidienne, cet ouvrage introduit à une médecine originale dans ses fondements théoriques, renouvelée par des diagnostics précis et des descriptions minutieuses, plus condensées et mieux organisées. Il embrassa en des proportions, raisonnables. l'ensemble de l'artmédical. Il se divise en dix (10) livres :
-- Le premier traité de l'anatomie 
-- Le deuxième des tempérament 
-- Le troisième des aliments et des médicaments 
-- Le quatrième de l'hygiène et de la préservation de la santé 
-- Le cinquième de la cosmétique 
-- Le sixième du régime dans les voyages 
-- Le septième de la chirurgie 
-- Le huitième des poisons 
-- Le neuvième très apprécié et souvent réédité isolément du moins en traduction latine des maladies classées de la tête aux pieds. 
-- Le dixième concernent les fièvres. 
Le Kitab el Moudkhal ila sina' at et tib ou "Introduction à l'art médical" se limite à la partie théorique : le recueil des Aphorismes (el Foussoul)
Livre du Guide (Kitab el Mourchiid) destiné aux débutants, près de quatre cents (400) règles Médico-philosophiques qui rappellent les vérités élémentaires d'une façon concise et rythmée. 
Le livre du médecin nomade Kitab el kabir "le grand livre" 
Kitab el kafi "le livre suffisant" en cieux parties : 
-- La première partie traitant les maladies de la tête aux pieds 
-- La deuxième partie des maladies internes 
Kitab el Fakhir : "le Livre renommé (ou splendide)" présente l'ensemble de la thérapie 
Kitab et-Taqsim wet-tachdjir "Livre des diagnostics différentiels" : Tous les diagnostics différentiels, symptômes et douleurs… 
Ar-Razi résume sa pensée dans l'aphorisme trois cent quarante neuf (349) questions réponses, afin que le médecin ne manque pas son but.
" Il faut que le malade et ses proches soient avec le médecin et non contre lui. Qu'ils ne cachent rien des états du malade et de son comportement ? Avec Ar Razi le triangle médical grec : la maladie le malade le médecin, devient un carré, l'entourage du malade pèse, par ses réactions et son aptitude à appliquer les traitements, sur les possibilités de guérison : la maladie le malade le médecin et l'entourage du malade. "

    Dans le Kitab at tib ar rouhani ( "Livre de la Médecine de l'âme"), Ar-Razi montre en vingt (20) chapitres, l'excellence de la raison, qui permet à l'homme d'acquérir la science, de pratiquer la justice, de maîtriser les passions, d'échapper aux attraits des plaisirs néfastes. Le chapitre consacré à l'ivresse dénonce les méfaits de la boisson. "Tout excès renforce l'âme désirante et affaiblit l'âme raisonnable. Ce qui conduit à l'abandon de la rationalité pour la soumission au règne animal."

    Le Livre sur le calcul rénal et la vessie est un recueil succinct et clair, limité à ce que doit en savoir le médecin qui soigne cette maladie. Ainsi que sur l'hémiplégie, la paralysie faciale, les vertus de l'oxymil, l'hygiène sexuelle, les bains, la colique, la cautérisation de l'œil, la saignée, la réduction des fractures, la composition des médicaments, etc. Il étudie également les influences climatiques sur l'état sanitaire des individus. Il indique les conditions d'hygiène auxquelles doivent satisfaire les logements et recommande de les munir de bains. Il s'inquiète des problèmes d'assainissement de l'air, de l'élimination des mauvaises odeurs, de l'aération et de la température des chambres de malade. Il insiste sur la nécessité de ne boire qu'une eau potable irréprochable et de faire de fréquentes ablutions.

    Parvenu à un âge philosophe, il rédige un court traité intitulé "La conduite du philosophe." Cet écrit, qui n'est pas une autobiographie, se veut réponse aux arguments avancés par des détracteurs contre l'auteur. 
    Ar-Razi conclut par ce vibrant plaidoyer : "Ce n'est pas en tant que soldat ou fonctionnaire que je tiens compagnie au souverain, mais en tant que médecin et convive. Deux tâches m'incombent auprès de lui : quand il est malade je le guéris et je soigne son corps, et quand il est en bonne santé je lui sers de familier et de conseiller, lui disant et Allah en est témoin tout ce que je considère être de profit pour lui et pour ses sujets. On n'a jamais pu constater que j'ai la passion d'entasser ou de gaspiller les biens, que je cherche querelle et m'attaque aux gens et leur fais du mal, mais on sait que le contraire et la vérité et que je cède volontiers de mes droits. Quant à ma façon de manger, de boire et de m'amuser, tous ceux qui me fréquentent à ces occasions peuvent témoigner que je ne me laisse jamais emporter à l'exagération; De même en ce qui concerne l'habit, la monture, la curiosité et mon zèle pour la science. Tous ceux qui m'ont fréquenté et en ont été témoins peuvent constater que dès ma jeunesse. Jusqu'à présent mes efforts sont tels que j'ai écrit sur une seule science et dans une écriture d'amulette (c'est-à-dire en tout petits caractères) plus de vingt mille (20 000) Feuilles. A la composition de la grande somme j'ai consacré quinze ans en travaux nuit et jour de sorte que ma vite a baissé et qu'un muscle de ma main fut paralysé, ce qui m'empêche à présent de lire et d'écrire. Malgré cela je n'abandonne pas ces deux occupations qui me sont si chères et je me sers toujours d'un secrétaire qui me fait la lecture et écrit sous ma dictée."

    L'œuvre d' Ar Razi déconcerte en effet par, son ampleur et sa variété. Plusieurs auteurs arabes ont dressé d'impressionnantes listes de ses écrits. Celle d' Al Birouni, rédigée par le célèbre savant du me siècle l'intention de l'un de ses contemporains, énumère 184 titres, ainsi repartis :
--- Traités médicaux par AI Birouni ... ........ .......... 73
--- Traités conservés actuellement .. .. ................. 34
--- Traités édités en arabe .................................. 35
--- Traités traduits en latin avant le XVIe siècle . .... 21
--- Traités traduits en Occident après le XVI siècle ...21
--- Kitab el Hawi : "Livre qui contient tout" le Continens des Latins.

    Hélas, une grande partie des oeuvres d' Ar-Razi sont perdues. Ouvrages qui sont loin de ne concerner que la médecine et la chimie, car près de la majorité d'entre eux traitent de théologie, de philosophie, d'astronomie, de physique et de mathématiques. Entre autres, un traité sur le vide qui a pour titre "La raison pour laquelle un aimant attire le fer" un "Livre sur la forme de l'univers." où la preuve est faite que la Terre tourne autour de deux axes et qu'elle est plus petite que le Soleil et plus grande que la Lune.
    Concernant la plaie des artères. Il répondit par un récit détaillé du traitement, qu'il a appliqué avec succès. Les ulcères d'estomac : des éléments de diagnostic énoncés par Galien., le clinicien n'hésite pas à affirmer qu'ils sont erronés et à les corriger d'après ses propres expériences.

Ar Razi et la Chimie

    Le niveau de la connaissance précise des substances chimiques et de l'équipement d'Ar-Razi fait l'objet d'une description dans son Kitab Al Asrar "Livre des secrets", qu'il divise en deux catégories : 
(1) L'équipement utilisé pour la fusion et servant à divers procédés de chauffage.
(2) L'équipement pour le traitement des substances chimiques.
 
    Le plan de travail d' Ar Razi peut être réparti en fonctions principales que nous énonçons ci-dessous. Dans ses manipulations, il a souvent eu recours aux termes alchimiques bien connus. Dont certains devaient être adaptés plus tard dans la chimie scientifique.
A) La distillation comprend l'utilisation d'un cucurbite et d'alambic et le recueil du distillat dans un ballon réceptacle.
B) La sublimation sans passer par l'état: liquide intermédiaire est réalisée a l'aide d'un aludel.
Ar Razi a le mérite de découvrir les acides minéraux. il décrit trois méthodes : 
(1) la trituration ou la pulvérisation suivie du grillage 
(2) la trituration suivie de la crémation.
(3) la combinaison des solutions de la dernière La fixation ou la coagulation. Il s'agissait normalement étape de l'ensemble du procédé et était réalisée, soit par grillage soit dans le flacon et pot" par ensevelissement dans un fumier, ou par le. chauffage dans l'alambic aveugle.
    Dans Kitab Sir AI Asrar "le Livre du secret des secrets" d'Ar-Razi nous apprenons, que le naphte noir était au départ mélangé à de l'Argile ou du sel ammoniac pour former "une pâte ressemblant à une soupe épaisse" avant d'être distillé. Ces distillats légers ou naphtes blancs étaient utilisés par Ar-Razi pour "ramollir" certaines substances solides, pierres et autres substances minérales.
    En outre, dans les travaux chimiques et médicaux, Ar Razi faisait usage de lampes à huile pour les produits chimiques qui chauffent faiblement. Le combustible utilisé dans ces lampes était soit des huiles végétales, soit du pétrole. (Les champs pétrolifères de Bakou furent assez tôt exploités commercialement par les Musulmans. Et on rapporte qu'en 272/844, le calife AI Mou'tamid avait concédé les revenus des nappes du naphte aux habitants de Darband).

    L'acide sulfurique : Ar Razi l'appelait "eau d'alun distillé" et il l'utilisa comme l'un des réactifs qu'il préparait au préalable et gardait afin de l'utiliser dans ses travaux alchimiques. Il décrivait également le moyen d'obtenir cette "eau" par distillation du vitriol. 

    L'acide chlorhydrique : Désigné par esprit de sel. Ar Razi en donnait la recette suivante : "Prenez des parts égales de sel doux, de sel amer, de sel de Tabarzad, de sel indien, de sel d'el qili et de sel d'urine. Après avoir ajouté une masse égale de sel d'ammoniac cristallisé de bonne qualité, dissolvez par humectage et distillez. Ce mélange se distillera pour en donner une eau forte qui pourra fendre la pierre instantanément."

    L'alcali : Ar Razi décrivait la concentration et la purification de l'alcali et des cendres du bois de chêne pour obtenir le carbonate de potassium pur et les carbonates de sodium.

    La soude caustique : Ar Razi sut comment la préparer. Sa recette se présente comme suit : "Prenez 1 kg environ d'Al qali blanc et une quantité égale de chaux, et versez sur le mélange, sept fois sa quantité en eau et faite bouillir jusqu'à ce qu'il soit réduit de moitié.
Purifiez le dix fois par filtration ou décantation. Placez le ensuite dans des fines coupes d'évaporation, puis accrochez-les dans des vases à bec chauffés. Remettez ce qui s'en sépare dans la coupe, soulevez la progressivement et mettez à l'abri de la poussière tout ce qui s'égoutte des cuvettes dans les vases à bec, et coagulez le en un sel."

    Le savon : Les traités d'alchimie d'Ar Razi donnaient quelquefois des recettes de savons. Il donna également un procédé pour obtenir de la glycérine à partir de l'huile d'olive.
Aveugle, il aurait refusé les soins d'un charlatan qui voulait l'opérer mais ignorait l'anatomie de l'œil. On raconte aussi qu'il aurait renoncé à se soigner parce que, las d'un monde qu'il avait trop vu. Il meurt en 314/884 dans le plus complet dénuement. Sa générosité ne put lui permettre d'être riche. La vindicte d'envieux confrères, qui n'avaient même pas besoin de chercher un prétexte pour se débarrasser de lui, l'avait depuis longtemps chassé de Bagdad et même de tout poste officiel à Rey.

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